Dans les étoiles...

Le coin des poètes

Poème d'un africain

le 28/11/2005 à 14h04

 


 


Chèr frère blanc,


Quand je suis j'étais noir,


Quand j'ai grandi j'étais noir,


Quand je vais au soleil je suis noir,


Quand j'ai peur je suis noir,


Quand je suis malade je suis noir,


Quand je mourrai je serai noir.....


 


Tandis que toi homme blanc :


Quand tu es né tu étais rose,


Quand tu as grandi tu étais blanc,


Quand tu vas au soleil tu es rouge,


Quand tu as froid tu es bleu,


Quand tu as peur tu es vert,


Quand tu es malade tu es jaune,


Et quand tu mourras tu seras gris....


 


Et après cela, tu as le toupet de m'appeler "homme de couleur" !...

Mon rêve familier

le 10/03/2005 à 21h19
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blème,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.


Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.


Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.





VERLAINE (Poèmes saturniens)

Il pleure dans mon coeur

le 13/02/2005 à 10h20
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine


(Paul VERLAINE)

le livre de la vie

le 12/02/2005 à 20h39

Le livre de la vie est le livre suprême
Qu'on ne peut ni fermer ni ouvrir à son choix
Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois
Et le feuillet fatal se tourne de lui-même
On voudrait revenir à la page où l'on aime
Mais la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts.

(Alphonse de Lamartine)

Alchimie de la douleur

le 30/01/2005 à 17h01

L'un éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un : sépulture !
Dit à l'autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rend l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

Charles BAUDELAIRE

la mort des amants

le 24/12/2004 à 14h22
Nous auront des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangeront un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Charles Baudelaire

deuil..

le 23/12/2004 à 21h25

J'ai beau avoir fait ton deuil, sans y être autorisé tu te glisses dans mes rêves, tu ressurgis encore et toujours, cruel, aussi tenace que le vert-de-gris. Mon coeur sanglotant n'a pas trouvé de sépulture pour le tien, aride. Mais comment pourrait-on enterrer un désert ?

d'un poète dont j'ai oublié le nom...

le poison

le 23/12/2004 à 21h21
Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au-delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remords,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!

Charles baudelaire, les fleurs du mal
il aimait la mort et ses sombres promesses
avenir incertain d'un garçon en détresse
il voulait mourir, laisser partir sa peine,
oublier tous ces jours à la même rengaine...

elle aimait la vie, heureuse d'exister,
voulait aider les gens et puis grandir en paix,
c'était un don du ciel, toujours souriante
fleurs et nature, qu'il pleuve ou qu'il vente...

mais un beau jour la chute commença
ils tombèrent amoureux, mauvais choix,
elle aimait la vie, il aimait la mort
qui d'entre les deux allait être le plus fort?

ils s'aimaient tellement qu'ils auraient tous sacrifié,
amis et famille, capables de tout renier,
tout donner pour s'aimer, tel était leur or
mais elle aimait la vie et il aimait la mort...

si différents et pourtant plus proches que tout,
se comprenant pour protéger un amour fou,
l'un ne rêvait que de mourir et de s'envoler,
l'autre d'une vie avec lui, loin des atrocités...

fin de l'histoire, obligés de se séparer,
ils s'étaient promis leur éternelle fidélité...
aujourd'hui, le garçon torturé vit pour elle,
puisque la fille, pour lui, a rendu ses ailes...

il aimait la mort, elle aimait la vie
il a vécut pour elle, elle est morte pour lui...

SHAKESPEARE

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